Dans l’œuvre d’Abou Diallo, on retrouve les nombreux mouvements d’art contemporain qui dominent depuis le début du siècle. Parmi la pluralité des styles, il a résolument pris le parti d’exprimer une grande générosité de tons et de motifs. Les couleurs chaudes et harmonieuses chantent une mélodie qui nous conte l’Afrique et l’Occident dans des accords de brun, rouge, ocre et or. Il s’empare de la matière, colle, déchire, projette, puis recouvre la toile pour nous dévoiler un univers onirique ponctué des signes d’anciennes tribus d’Afrique, ou de ceux plus contemporains de notre vie quotidienne.

Une des clés qui ouvrent à cet univers est le "signe". Dans un jeu où l’image renvoie à l’abstraction et le signe à la figuration, il nous présente un parcours initiatique à travers la symbolique du "signe". Au travers de ce rituel, ses personnages deviennent plus touchants, plus humains, et chargés de pensées, de tradition…

Plusieurs lectures de ses œuvres sont possibles, à plusieurs niveaux et à plusieurs échelles. Par exemple, l’entremèlement d’étroites bandes de coton lui permet d’obtenir l’image d’un damier sur lequel il compose un ensemble dont les parties sont, à elles seules, de petites bulles individuelles, tableaux du tableau !

Tout lui sert pour délivrer son message dont les racines s’enfoncent dans l’inconscient collectif de l’Afrique noire. On y trouve des masques, des guerriers, des bergers et des pécheurs…

Cette ambiance est transcrite par le procédé de l’"objet recréé" où une symbiose s’installe entre la technique picturale et le support improvisé d’un objet, dont la finalité première est détournée. Dans une série d’œuvres, l’artiste a adopté comme support les planches utilisées dans les mosquées africaines pour apprendre les versets du Coran. Lavées et relavées, ces planches deviennent comme vitrifiées et imprégnées de l’encre des versets. A ce stade, elles ne peuvent plus assurer leur premier emploi, et sont reléguées dans l’oubli ! Une deuxième vie leur est offerte entre les mains de l’artiste. Ces planches au format des tables de la loi portent désormais l’empreinte et la couleur de l’Afrique animiste avec ses signes et ses mystères. Guerriers et masques s’y faufilent comme des voiles qui couvrent et découvrent le bois sacrificiel…